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l'armonica de verre

idiophone frotté

Qui n'a jamais frotté ses doigts sur les bords d'un verre en cristal en patientant entre les plats lors d'un banquet ? En tout cas, le résultat sonore d'une telle pratique ne manque jamais d'intriguer. La hauteur du son varie en fonction de la quantité de liquide restant dans le verre et... de la dextérité du « musicien ».

L'histoire de l'armonica de verre commence à Londres en 1761 lors d'un concert d'Edmund Delaval, le virtuose des verres musicaux : dans le public se trouve un certain Benjamin Franklin (1706-1790), le grand physicien et homme d'état américain. Touche-à-tout de génie, digne représentant des Lumières, Franklin entrevoit immédiatement les perfectionnements possibles pour fabriquer un véritable instrument de musique, facile à jouer, reposant sur le principe des verres musicaux. Plutôt que d'utiliser des verres plus ou moins remplis d'eau, toujours susceptibles de se renverser ou de voir leur contenu s'évaporer, il imagine d'emboîter toute une série de bols en verre autour d'un axe horizontal. Cet axe est mis en rotation grâce à un mécanisme simple actionné par une pédale. Pour obtenir des sons tout à fait limpides, le musicien n'a plus qu'à s'humidifier régulièrement le bout des doigts et à les placer sur les bords des bols qui tournent. Et comme sur n'importe quel clavier, les notes chromatiques sont indiquées par une couleur différente, les bols concernés recevant le plus souvent une bordure dorée.

L'armonica de verre fait fureur dans toute l'Europe. À Vienne, un certain Wolfgang Amadeus Mozart compose un Adagio en ut (K 356) et même un Quintette pour armonica de verre, flûte, hautbois, alto et violoncelle (K 617). Quant au célèbre psychiatre viennois Franz Mesmer (1734-1815, père du « mesmérisme »), il utilise l'armonica de verre pour placer ses patients en état d'hypnose.

Pourtant, l'instrument souffre rapidement d'une mauvaise réputation : les musiciennes qui en jouent (l'armonica de verre est, comme le virginal, surtout un instrument de femmes) sont souvent frappées de troubles psychiques et, parmi le public également, on rapporte des cas d'évanouissements et d'hystérie. Les sons de l'instrument auraient même provoqué des crises d'épilepsie et des accouchements prématurés ! Toutes sortes d'explications ont été avancées, de l'hyperstimulation du système nerveux par les vibrations sonores à l'empoisonnement au plomb par le contact des doigts sur le bord des bols.

Quoi qu'il en soit, à partir des années 1830, l'armonica de verre tombe petit à petit en désuétude : il reste un instrument relativement peu pratique et la mode a tout simplement évolué. Les dilettantes se tournent désormais vers de nouveaux instruments, comme l'harmonium.

Écoutez un extrait du concert avec le Vienna Glasharmonika Duo, enregistré au mim le jeudi 12 novembre 2009.

 

Media
Images: 
armonica de verre, Allemagne (?), fin du 18e siècle, inv. M411
armonica de verre, André-Charles-Ghislain Deudon, Malines, ca. 1786, inv. M1948
détail de M1948