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Les instruments à vent pour la danse kenyane du sengenya : chivoti (flûte traversière), nzumari (hautbois), bung’o (hautbois basse)

aérophone

En novembre 2018, une équipe de quatre personnes du mim se rendit à Nairobi, Kenya. Leur mission : aider à la digitalisation de la collection d'instruments de musique du Département de Musique et de Danse de la Kenyatta University, Ruiru, Nairobi, département dirigé par le docteur Isaiah Oyugi. Dans le but de maintenir vivantes les musiques et danses du Kenya, une équipe de quatre facteurs-musiciens enseigne aux étudiants la construction et la pratique des instruments kenyans. Ce programme fut lancé dès la création de la Kenyatta University en 1985.

Lors de cette campagne de digitalisation tous  les instruments ont été photographiés, mais aussi documentés par les professeurs et étudiants du Département de Musique. Des vidéos ont également été réalisées. Elles présentent des musiciens jouant ces instruments sur le campus de la Kenyatta University. Cette campagne s'intègre dans le projet PRIMA, dont l'objet est de préserver les collections d'instruments de musique présentes sur le sol africain, cela au travers de leur publication en ligne sur www.carmentis.be et www.mimo-db.eu. Hormis la Kenyatta University, le Musée de la musique de Ouagadougou, Burkina Faso, le Musée panafricain de la musique à Brazzaville, Congo, et le Musée des Arts et Métiers Traditionnels de Libreville, Gabon, sont également partenaires de ce projet digital. Les instruments de leurs collections sont visibles sur les sites susmentionnés.

Les instruments présentés ci-dessus ont été acquis au cours de cette mission de digitalisation à Kenya.

Certains d'entre eux (le bung'o 2018.0150.008 et la série de six flutes chivoti 2018.0150.011.001 - 006) furent construits spécialement pour le mim (photos ci-dessous)

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chivoti est une flute traversière en bambou munie de six trous de jeu. Elle provient de la population Mijikenda, en région côtière. Le bout du tuyau est fermé par un noeud naturel de la tige de bambou. Les musiciens jouant le chivoti fabriquent leur instrument eux-mêmes et aiment le décorer de figures géométriques pyrogravées dans le tube. Raymond McKenzie, facteur de la plupart de ces chivotis, enseigne au Département de Musique et de Danse de la Kenyatta University.

Le chivoti est principalement utilisé pour introduire et accompagner le chant lors de la danse populaire aujourd'hui nommée danse sengenya. Cette danse cérémonielle est essentiellement pratiquée lors des funérailles, en l'honneur des ancêtres. Le mariage ou la naissance d'un enfant sont toutefois d'autres occasions de la danser. Très caractéristique est la participation active de l'audience dans le chant, invitée par le chanteur (appel et réponse). Avant la colonisation, le sengenya n'avait pas de nom particulier. Valentine Kihuha, doctorante au Département de Musique et de Danse, explique : "Nous ne sommes  pas certains de l'origine du nom; autrefois, nous n'avions pas de noms pour les danses, nous en avons donné parce que les européens demandaient comment elles s'appelaient". Sengenya est un terme local signifiant "ragot".

Un autre instrument utilisé pour la danse sengenya est le nzumari. Ce hautbois est une adaptation des zurna et zamr arabes, introduites lorsque les Arabes commencèrent à commercer avec les régions côtières du Kenya. Il est utilisé comme instrument soliste pendant les interludes de la danse et entre les versets des chants.

Le joueur de nzumari utilise la respiration circulaire. Cela signifie qu'ils souffle dans les anches tout en inspirant en même temps par le nez (technique reconnaissable aux joues gonflées du musicien). La forme de l'embouchure est adaptée à cette technique : à la base des anches se trouve une rondelle permettant d'appuyer les lèvres (fig. 5). Le nzumari est exclusivement joué par les hommes.  

Le bung'o est une version plus grande du nzumari. Il peut mesurer jusqu'à 1m50 et est constitué de trois parties : l'embouchure avec l'anche, le tube cylindrique en bambou avec trois trous de jeu, et enfin le pavillon conique en bois. L'ensemble est décoré de motifs géométriques pyrogravés. Tout comme pour le nzumari, le joueur de bung'o (toujours un homme) utilise la respiration circulaire.

Le bung'o joue lors des courtes pauses dans les chants du sengenya, soulignant les mouvements de la danse. Il joue en alternance avec les chanteurs, en unisson avec l'audience, selon une technique de question et réponse.

Texte: Saskia Willaert

Media
Images: 
Instruments du Département de Musique et de Danse, Kenyatta University, Ruiru
Kenyatta University, Ruiru, Nairobi, fondée en 1985
Denis Murage Wambui jouant le chivoti, novembre 2018
R.M.McKenzie, professeur, facteur, musicien d’instruments traditionnels kenyans
Raymond McKenzie jouant le nzumari, novembre 2018
Raymond Mtwali McKenzie jouant le bung'o, novembre 2018
Enregistrement lors de la campagne PRIMA campaign, novembre 2018
Encodage metada des instruments du Département de Musique et de Danse
Photographie des instruments du Dép. de Musique et de Danse, Kenyatta University
Ruiru, faubourg de Nairobi
Deux bung’o et un nzumari, Raymond McKenzie, inv. 2018.0150.008-10
Huit chivoti, Raymond Mtawali et Iha Pwicha McKenzie, inv. 2018.0135.004
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