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Sudrophone baryton

aérophone

À la recherche de nouveaux sons

Bien avant le développement de l’électricité et de l’électronique, divers moyens ont été imaginés pour modifier le timbre des instruments de musique ou créer de nouvelles sonorités. Cette recherche sonore s’est particulièrement intensifiée au cours du 19e siècle, une période de grandes innovations et de perfectionnements en tous genres. Nombre de nouvelles voix instrumentales sont ainsi apparues, comme par exemple le saxophone qu’aujourd’hui tout le monde connaît, ou le sudrophone, que tout le monde a oublié.

François Sudre, émule d’Adolphe Sax ?

Les inventeurs partent en général d’instruments existants qu’ils améliorent, modifient, hybrident selon leurs conceptions. C’est ce qu’a fait François Sudre (1843-1919), un facteur d’instruments originaire de Carcassonne mais installé à Paris depuis les années 1860. Excellent facteur de cuivres, il a notamment fondé l’Association générale des ouvriers, une manufacture organisée en coopérative d’ouvriers et d’artisans spécialisés militant pour la réduction du nombre d’heures de travail.

En 1892, Sudre dépose un brevet d’invention pour le sudrophone. Il s’agit en fait de toute une famille d’instruments à embouchure dont la perce – la forme de la colonne d’air – se rapproche des saxhorns chers à Adolphe Sax. Sudre leur donne cependant une forme tout à fait typique, inspirée de l’ophicléide, avec des tubes principaux très rapprochés et reliés par une culasse. Le système de pistons est disposé parallèlement et en décalage par rapport au pavillon. Les sudrophones sont produits dans diverses tailles, du soprano au contrebasse.

Good vibrations

Mais l’originalité de ce groupe d’instruments réside en un petit dispositif relativement discret : un cylindre renfermant une fine membrane en soie communiquant avec l’intérieur du pavillon via une ouverture rectangulaire. Cette ouverture peut être ouverte ou fermée, permettant à la pellicule de vibrer ou non, selon la volonté de l’instrumentiste. En position fermée, le son du sudrophone ne diffère pas de celui d’un saxhorn. En position ouverte, par contre, la sonorité est considérablement transformée par la mise en vibration de la membrane. C’est de cette manière que fonctionnent aussi le mirliton ou le kazoo dans lesquels la voix humaine est métamorphosée par une membrane vibrante. Ici, tant le degré d’ouverture que la tension de la membrane peuvent être modifiés afin de faire varier le timbre. Ce principe pouvait aussi être adapté à d’autres instruments tels que le cornet à pistons, la trompette et le trombone.

Selon son concepteur, le système permettrait d’imiter toute une panoplie d’instruments comme le saxophone, la clarinette, le basson et les instruments à cordes... Le catalogue de la firme Sudre stipule en 1905 que la sonorité du sudrophone baryton est « puissante et douce » et qu’en réglant la membrane, on obtient divers timbres « rappelant de façon parfaite ceux des saxophones ténor, basson et violoncelle ». Autre avantage – surtout économique – avancé par l’inventeur : la faculté pour un orchestre de varier ses sonorités sans augmenter le nombre de musiciens.

Darwinisme musical ?

Un programme ambitieux qui ne s’est jamais vraiment réalisé. Ce genre d’instruments n’a pas connu le succès attendu et n’est pas devenu indispensable. Même si Sudre a reçu en 1905 un Grand Prix lors de l’Exposition universelle de Liège où il a présenté sa famille de sudrophones, une sorte de sélection naturelle a opéré et la branche s’est éteinte d’elle-même. La concurrence avec d’autres familles instrumentales a dû jouer et sans doute ces instruments n’ont-ils pas rencontré le goût des musiciens et du public. Il faut dire que – en tout cas pour nos oreilles du 21e siècle – le son du sudrophone évoque davantage un instrument défectueux victime de quelques fuites d’air qu’un violoncelle Stradivarius… 

Géry Dumoulin

Essais de sons sur l'instrument

Illustrations

Sudrophone baryton, François Sudre, Paris, après 1892, inv. 2005.035 (© mim, photos A. Deknock); détails de l’intérieur du pavillon (© mim, photos G. Dumoulin); extraits du catalogue de la firme F. Sudre, Paris, 1905 (avec l’aimable autorisation de Dirk Arzig)

 

           

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