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Trompette de verre

aérophone

Au sein de la collection des instruments populaires européens figurent des trompettes un peu particulières, par leur matière, leur couleur, leur forme et leur origine. Comme d'autres instruments ou accessoires qui ont jalonné l'histoire de la musique et qui sont représentés au musée, elles sont en verre. Harmonica de Franklin, mattauphone, flûte traversière, clochettes, becs et embouchures partagent ce matériau. Mais les trompettes en verre du mim, plus symboliques qu'utilitaires, n'étaient pas destinées à être jouées musicalement. Sont en cause une embouchure rudimentaire, trop irrégulière ou coupante, ainsi qu'une colonne d'air mal proportionnée. Dans la plupart des cas, quelques sons peuvent néanmoins en être tirés.

La musique n'est toutefois pas leur intérêt principal, qui réside plutôt dans leur dimension de phénomène social. En effet, la trompette en verre ici à l'honneur est ce qu'on appelle un « bousillé », un objet façonné dans les entreprises verrières en dehors du temps réglementaire de travail, très tôt le matin ou après la journée, souvent à partir de matière résiduelle. Le terme ne porte pas de connotation péjorative et ne renvoie pas à un objet brisé ou mal réalisé, certains bousillés étant de véritables chefs-d'œuvre.

La pratique du bousillage - dans d'autres industries, on parle de « la perruque » - se développe dans les verreries dans le dernier tiers du XIXe siècle, à une époque où la dimension créative du travail du verre s'appauvrit en raison de la mécanisation croissante. Le souffleur de verre se réapproprie donc son art, dans un contexte dominé par le rendement et la routine. C'est aussi un témoignage de sa créativité et un moyen de reconnaissance de l'ouvrier-verrier envers ses pairs. Le bousillage est toléré par les patrons car il entretient la compétence et la virtuosité de l'ouvrier ainsi que la transmission du savoir-faire.

Toutes sortes d'objets peuvent ainsi voir le jour, pour autant qu'ils n'entrent pas en concurrence avec la production habituelle de la fabrique : presse-papiers, gourdes, jetons, billes, pipes, cannes, figurines, vases, cendriers, etc., sans oublier les instruments de musique. Ces objets méconnus, fruits du souffle et de la fantaisie de leurs créateurs, sont très souvent offerts à l'entourage, plus rarement vendus pour arrondir les fins de mois difficiles. Cet art populaire méconnu disparaîtra finalement avec l'automatisation complète des procédés de production dans la seconde moitié du XXe siècle.

Les trompettes en verre du mim sont issues des bassins industriels wallons (Charleroi et Liège), mais aussi d'Italie et des Îles Baléares, régions de tradition verrière, tout comme le nord de la France. Elles possèdent des formes diverses : droites ou enroulées à la manière tantôt d'une trompette de cavalerie, tantôt d'un cor de chasse. La trompette en verre bleu, inv. 1983.003-01, a probablement été fabriquée dans la région de Charleroi au tournant du XXe siècle. Ses coudes aplatis provoquant des étranglements de la colonne d'air indiquent une fonction purement décorative.

Géry Dumoulin

Bibliographie

- Stéphane Palaude, « Le bousillage. Détournements et appropriations des techniques et des outils de production chez les ouvriers verriers à la fin du XIXe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle, 45/2012, p. 111-126.
- Les verriers de l'ombre ou le souffle populaire. Catalogue d'exposition, Musée du Verre de Charleroi, 11 septembre-7 novembre 2010, Charleroi, Échevinat de la Culture, 2010.
- Anja Van Lerberghe, « Glazen trompet en glazen hoorn », Openbaar Kunstbezit in Vlaanderen, 2000/4, p. 26.

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Trompette de verre, Wallonie, vers 1900, inv. 1983.003-01. Photo © MIM
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