Aller au contenu principal

Enregistreur à fil

Mars 2025

Fig.1

Le Télégrafone de Poulsen, 1898

Le Télégrafone de Poulsen, 1898, ©Wikipedia

L’enregistreur à fil est le plus ancien système d’enregistrement magnétique. L’ingénieur américain Oberlin Smith en conçoit théoriquement le principe en 1888, mais c’est le danois Valdemar Poulsen qui réalise en 1898 la première machine opérationnelle, le « Telegraphon », utilisant une corde de piano enroulée sur un cylindre (Fig.1).

L'enregistrement électromagnétique consiste à convertir le signal électrique d’une onde sonore en un signal magnétique, puis à « graver » ce signal grâce à un électroaimant sur un fil d’acier. En faisant défiler le fil devant l'électroaimant relié au micro, on y inscrit les variations du champ magnétique, et donc celles du son. Pour écouter le son enregistré, il faut repasser le fil d'acier devant l'électroaimant.

Contrairement à l’enregistrement sur disque, il n’y a plus de contact physique entre le graveur et le support. Il n’y a donc plus d’usure et la qualité sonore est « théoriquement » meilleure. Mais comme on ne sait pas encore amplifier le signal électrique, le son de l’appareil est beaucoup trop faible pour être utilisé en musique. On l’emploie comme dictaphone et répondeur téléphonique. Accessoirement, la marine allemande s’en sert également pour envoyer des messages codés durant la Première Guerre mondiale. Car le fil présente l’intérêt indéniable d’offrir une durée d’enregistrement beaucoup plus longue que celle des cylindres (3 min) ou des disques 78 tours (5 min).

Avec l’apparition des amplificateurs dans les années 1920, l’enregistrement sur fil reprend de l’importance malgré un équipement lourd et encombrant. Dans les années 1930, les stations de radios allemandes et anglaises utilisent des magnétophones qui fonctionnent avec des bandes en acier de 3 mm de large. Une seule bobine de 45 min mesure 60 cm de diamètre et pèse près de 20 kilos (Fig.2) ! Il s’agit aussi d’un objet à utiliser avec précaution. Sachant que le ruban d’acier tourne à une vitesse de 1,5 mètre par seconde, cela revient à travailler avec une scie circulaire ! Les ingénieurs de la BBC manipulent leur machine de l’intérieur d’une cage, pour éviter que des morceaux de métal rebelles ne leur coupent les doigts. Et si techniquement le montage à partir du fil est faisable, c’était dans la pratique plus compliqué, il faut un chalumeau et de quoi souder…

Grâce aux améliorations techniques apportées au support, on obtient au lendemain de la seconde guerre mondiale un fil magnétique fait d'acier chromé, fin comme un cheveux humain. Cela permet de diminuer considérablement la taille des magnétophones et même de produire des modèles portatifs comme c’est le cas de la Webster Chicago model 80-1 présentée au MIM (Fig.3).

La Webster Chicago Corporation est une firme d'équipements électroniques établie à Chicago, dans l'Illinois. De nombreux produits sont vendus sous la marque Webcor, tels que les bobines de fils que l’on peut ranger dans le couvercle avec le micro et les câbles de raccordement. La firme a simplifié la conception du magnétophone à fil et mis au point un appareil vendu pour 150 $ seulement, soit la moitié du prix des modèles concurrents. Dans les années 1950, elle est le premier fabricant d'enregistreurs à fil aux États-Unis.

Pratiquement, on place en haut à gauche de l’appareil une bobine de fil dont on raccorde le fil sur la grande bobine de droite en prenant soin de le passer par la tête de lecture (ou d’enregistrement) qui se trouve entre les deux. Celle-ci est fixée sur un mécanisme qui la fait lentement monter et descendre pendant la lecture pour avoir des spires bien alignées, comme pour le moulinet d’une canne à pêche. Car si des nœuds devaient se produire, il serait presque impossible de les démêler (Fig.4). On peut toujours couper dedans et renouer les deux extrémités, au risque d’avoir un trou dans l’enregistrement… Si l’espace est petit, on ne l’entendra pas vu la vitesse de défilement de 60 cm par seconde. Grâce à la fine épaisseur du fil, on peut enregistrer et jouer jusqu’à une heure de musique, ce qui représente une longueur de fil de plus de 2 km !

Malgré une utilisation jusque dans les années 1960, le fil restera un support peu répandu. La brève apogée de l’enregistrement à fil dure de 1946 à 1954. L’enregistrement sur fil est remplacé par l’enregistrement sur bande magnétique, plus fine que le fil et donc pouvant enregistrer encore plus longtemps, et présentant en outre des qualités indéniables en matière d’enregistrement musical.

Texte : Matthieu Thonon

Historique et explications

Extrait sonore

The live wire : Woody Guthrie in performance 1949